Cancer du Sein : recommandations générales et règles de bon usage des chimiothérapies orales à l’officine

Dans ce nouveau billet de la catégorie « Cancer du Sein » nous allons rappeler quelques règles de bon usage et recommandations générales communes à tous les médicaments de chimiothérapie orale délivrés à l’officine dans cette indication. Plus tard chaque molécule utilisée dans le cadre d’un traitement du cancer du sein fera l’objet d’un article détaillé sur les conseils associés qui lui sont propres (effets secondaires, recommandations particulières, etc…).
La plupart de ces règles sont bien connues des équipes officinales et ce billet peut sembler dépourvu d’utilité mais rappeler les principes de base est toujours bénéfique. De plus c’est un pré-requis essentiel à l’étude de chaque molécule séparément. Ce billet ne traitera pas de tout l’acte de dispensation officinal, comprenant notamment les vérifications réglementaires, mais uniquement des règles de bon usage et des recommandations générales communes à ces chimiothérapies orales.  Sur le même modèle, un prochain billet distinct traitera de l’hormonothérapie. Comme d’habitude, j’attends avec impatience vos ajouts, modifications et expériences car ce billet n’a bien sûr par la prétention d’être exhaustif et je serais ravie de l’enrichir grâce à vous afin qu’il soit le plus complet et le plus utile possible.

En guise de préambule je souhaitais dire un mot sur l’accueil de la patiente au sein de l’officine. L’espace de confidentialité tel que mentionné dans le Code de la Santé Publique et tel que recommandé par le Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens paraît le plus approprié pour accueillir les patientes lorsque l’officine en est dotée. En l’absence de celui-ci, le maintien d’un échange le plus confidentiel possible doit être une préoccupation permanente du pharmacien afin que la patiente puisse exprimer ses interrogations sereinement.

Passons maintenant aux conseils généraux devant toute délivrance d’anticancéreux cytotoxiques :

  • Respecter la température de conservation du médicament, toujours indiquée sur l’emballage ou dans la notice. Le plus souvent ils doivent se conserver à une température inférieure à 30°C et toujours à l’abri de la chaleur et de l’humidité.
  • Se laver les mains avant et après avoir manipulé les comprimés, porter des gants dans la mesure du possible.
  • Ne jamais broyer les comprimés ou capsules ni ouvrir les gélules du fait notamment du risque de dispersion dans l’atmosphère.
  • Manipuler les vomissures et excrétas avec des gants.
  • Ne pas laisser à la portée des enfants ou de l’entourage.
  • Ne pas jeter les traitements ou leurs emballages à la poubelle : les rapporter à la pharmacie.
  • Proscrire l’automédication et ne pas prendre de compléments alimentaires sans l’avis de son médecin ou de son pharmacien.
  • En cas d’oubli de prise ou de vomissements ne pas prendre de dose supplémentaire ni doubler la prise suivante. Poursuivre le traitement normalement dès la prise suivante et informer son médecin des vomissements.
  • Contacter immédiatement son médecin si par erreur une dose trop grande de médicament a été avalée.
  • Prendre les comprimés sans les croquer avec de l’eau et éviter le jus de pamplemousse qui pourrait interférer avec l’efficacité du traitement (inducteur du CYP3A4).
  • En cas de contact de la peau, des muqueuses ou des yeux avec le contenu des capsules molles pratiquer un rinçage abondant à l’eau claire ou mieux au sérum physiologique et contacter son médecin.
  • Ne pas prendre le médicament si la capsule a été écrasée ou si du liquide s’en échappe : les capsules endommagées ne doivent pas être avalées.
  • Rester très vigilant quant à la conduite de machines et véhicules si des vertiges ou des étourdissements se produisent suite à la prise du médicament.
  • Eviter la consommation d’alcool et de tabac (inhibiteurs enzymatiques CYP3A4).

Plan de prise :

Il est recommandé d’effectuer avec la patiente un plan de prise écrit incluant tous les autres médicaments prescrits par le médecin par souci de clarté. Ce document précisera toutes les modalités de prise du médicament : pendant ou hors des repas, heure fixe le cas échéant etc,…

Recommandations :

De manière générale on indiquera à la patiente certains symptômes auxquels elle devra être attentive et qui devront l’amener à consulter immédiatement un médecin et ce quelque soit la molécule administrée :

  • Devant toute fièvre supérieure à 38°C ou de frissons. Il pourrait s’agir d’une infection potentiellement dangereuse en raison de la leucopénie induite par les traitements.
  • Une toux peut également être le signe d’une infection ou d’une réaction pulmonaire au traitement. Dans les deux cas, une consultation rapide s’impose.

De manière générale, tout signe d’infection doit amener la patiente à consulter.

De l’étude des différentes chimiothérapies orales délivrées à l’officine dans le cancer du sein, on peut dégager d’autres potentiels effets secondaires devant lesquels la patiente doit être très vigilante et qui doivent l’amener à consulter son médecin le plus rapidement possible :

  • Devant tout signe d’atteinte hépatique : ictère, douleur abdominale, prurit, urines foncées ;
  • Devant tout signe neurologique comme des paresthésies ;
  • Devant une dyspnée ou un essoufflement ;
  • Devant des signes hémorragiques : saignements de nez, selles noires, crachats sanglants,…
  • Devant des signes urinaires : anurie, hématurie, douleur vésicale,…
  • Devant tout signe cardiaque : palpitations, douleur thoraciques évidemment, tachycardies,etc…

En fonction de la molécule, de sa toxicité et de ses potentiels effets indésirables certaines de ces recommandations générales peuvent être renforcées et d’autres recommandations particulières à chaque molécule viendront s’ajouter. Il est très important d’expliquer à la patiente comment ces effets se manifestent avec des mots simples afin qu’elle puisse s’orienter vers un médecin rapidement et avoir la meilleure prise en charge possible.

De manière générale, on rappellera à la patiente l’absolue nécessité d’avoir une contraception efficace de toute évidence non hormonale. Il peut s’agir d’une contraception mécanique (préservatif) ou encore d’un stérilet au cuivre. Pour les femmes ne souhaitant plus avoir d’enfants la stérilisation tubaire sous hystéroscopie peut être envisagée par la patiente de manière concertée avec son médecin.

Clôture de l’entretien et remise de documents :

La dispensation des anticancéreux cytotoxiques doit se terminer par la remise en mains propres à la patiente ou à son aidant d’un carnet de liaison rendu obligatoire par l’ANSM. Cet outil permet de faire le lien avec l’ensemble du personnel soignant et de rappeler aux patientes comment prendre le traitement et surveiller les effets indésirables. Il permet de consigner par écrit la présence ou l’absence d’effets secondaires et de noter quotidiennement la prise du traitement ou les oublis. Ce carnet permet donc d’une part de sensibiliser les patientes sur l’observance de leur traitement et d’autre part de mesurer cette observance pour les professionnels de santé. De manière plus pragmatique, ces carnets sont remis au pharmacien par leur grossiste-répartiteur. Il peut également remettre à la patiente une fiche d’information sur le médicament. Nous verrons au cas par cas des exemples de fiches d’information patient au décours de l’étude de chaque molécule.

Lors des renouvellements d’ordonnance :

C’est l’occasion de faire le point sur l’observance du traitement avec la patiente et ce quelque soit la molécule utilisée. Le sujet étant très vaste et particulièrement important avec ce type de traitement, d’autres billets viendront viendront compléter celui-ci sur ce sujet. C’est aussi le moment d’évoquer la survenue d’éventuels effets indésirables et de rappeler la conduite à tenir. En cas de nécessité, le pharmacien pourra effectuer une déclaration au centre régional de pharmacovigilance. Par ailleurs, il faut s’assurer de l’absence de toute automédication pouvant interférer avec le traitement et veiller au mieux à ce que la patiente s’astreigne aux examens de suivi biologique prescrits par le médecin. Au gré de ces renouvellements, qui sont tous autant d’entretiens pharmaceutiques informels, il pourra être envisagé de rédiger une opinion pharmaceutique à l’attention du médecin si des difficultés majeures pouvant expliquer ou contribuer à l’échec du traitement sont constatées.

C’est ainsi que se termine ce premier billet d’une longue série consacrée aux anticancéreux oraux à l’officine. J’attends vos retours avec impatience en commentaire ou via le formulaire de contact. N’hésitez surtout pas à me signaler s’il manque des éléments ou s’ils vous semblent imprécis, erronés, etc, …vos expériences et ajouts seront toujours les bienvenus.

A très bientôt pour un nouveau billet et merci d’être passé(e) par là !

 

 

Bibliographie :
OMéDIT Centre « Aide au bon usage des anticancéreux oraux »
Onco Paca-Corse « Contraception et cancer »
« Implication du pharmacien d’officine dans la prise en charge du patient bénéficiant d’une chimiothérapie anticancéreuse orale «  E. Mantel, R. Coanon, Th D Pharm, Lille-2, 2011 consultable ici.