Les 10 propositions pour la pharmacie d’officine

Je reviens vers vous pour un nouvel article pas si éloigné que cela du thème de la reconversion des pharmaciens d’officine. En effet, si nous sommes si nombreux à vouloir changer de carrière et nous reconvertir c’est que la pharmacie d’officine telle qu’elle est actuellement nous a déçu. Nous ne retrouvons plus notre coeur de métier, notre rôle est trop souvent dévalorisé et nos compétences largement sous-exploitées. De ce fait, nombre d’entre nous ont tenté ou tentent de quitter l’officine.
Un collectif composé de pharmaciens d’officine se bat pour que le pharmacien soit reconnu comme un acteur indispensable de la chaîne de soins et pour qu’au quotidien notre exercice soit respecté et valorisé. Il oeuvre pour redonner la priorité à ce que nous savons faire de mieux : délivrer les médicaments en toute sécurité. Je pense que la pharmacie d’officine a besoin de mesures concrètes appliquées sur tout le territoire pour que notamment l’exercice des adjoints ne dépende plus uniquement de la politique du titulaire. Il faut en finir avec ces pharmacies où la démarche de santé disparaît complètement au profil d’intérêts purement mercantiles. Vendre des chaussures, des limes à ongles,…pour un pharmacien est-ce bien sérieux ? Il est temps de redonner à notre profession ses lettres de noblesse. Pour toutes ces raisons j’ai signé la pétition concernant les 10 propositions pour la pharmacie d’officine émises par le Collectif des Pharmaciens. Pour ceux d’entre vous qui n’en ont pas entendu parler je vous fait un bref résumé des dix propositions que vous pouvez consulter dans leur intégralité ici.

Proposition n°1 : Inciter l’opinion pharmaceutique, l’intervention et le refus

Sur cette proposition aujourd’hui c’est bien simple : toutes ces actions prennent beaucoup de temps et aucune n’est rémunérée. C’est même tout le contraire, aujourd’hui une pharmacie « perd de l’argent » en refusant de délivrer un médicament par exemple. Parfois même on se heurte à l’incompréhension et la colère des patients qui ne comprennent pas qu’un pharmacien n’exécute pas toute l’ordonnance et rétorquent « qu’ils iront voir dans une autre pharmacie » où on leur donnera leur médicament. Avec une telle mesure, l’opinion pharmaceutique et le refus seront généralisés et la population sera plus familiarisée avec cette action. Cela réduira notamment les disparités entre pharmacies. Par ailleurs, en terme de santé publique, les bénéfices de cette mesure sont évidents.

Proposition n°2 : substituer les « me-too », les biosimilaires et les médicaments en rupture

Lequel d’entre nous n’a jamais passé des heures à tenter de joindre un prescripteur en cas de rupture d’approvisionnement d’un médicament alors que nous savions exactement quelle allait être l’alternative choisie ? C’est une pure perte de temps et souvent c’est uniquement pour être en conformité vis à vis de la loi car nous avons les compétences nécessaires pour évaluer un traitement et trouver des alternatives pertinentes en cas de rupture.

Pour les biosimilaires et les « me-too », là encore, je pense que l’on ne s’appuie pas assez sur les compétences du pharmacien. Nous avons largement les compétences pour interchanger un médicament au sein d’une même classe. Je pense que nous devons bien sûr toujours informer le prescripteur du switch mais l’acte ne doit pas être subordonné à son accord. Parfois des molécules coûteuses sont prescrites alors qu’elle n’ont démontré aucun bénéfice vis à vis de celle déjà présentes sur le marché. Cette mesure permettrait donc en plus de générer des économies pour l’Assurance Maladie.

Proposition 3 : dérembourser l’homéopathie

Le sujet est sans doute très clivant au sein même de la profession. En tant que pharmacien ayant eu une formation scientifique solide il est très difficile de délivrer de l’homéopathie : nous n’avons aucune preuve scientifique de son efficacité et aucune réponse à fournir aux patients quant à son mode d’action. Je pense que la vente d’homéopathie dans les officines contribue à ternir l’image de la profession et cela nous est souvent reproché, je pense par exemple aux médecins sur Twitter qui « attaquent » souvent les pharmaciens avec l’homéopathie (même si tout de même majoritairement prescrite par les médecins). Sur cette proposition, j’aurais même aimé aller plus loin et sortir complètement l’homéopathie du monopôle pharmaceutique dans lequel elle n’a pour moi pas du tout sa place. Je rêve d’une officine complètement recentrée sur le médicament où l’on ne vend pas non plus de limes à ongles ou de brosses à cheveux.

Proposition 4 : Rendre certains médicaments dont la pilule progestative disponibles sans ordonnance

Dernièrement on a beaucoup parlé dans la presse et sur les réseaux sociaux de la délivrance de la pilule progestative sans ordonnance. Néanmoins il y aussi dans cette mesure la possibilité de délivrer des médicaments aux voyageurs dont les anti-paludéens. On pourrait ainsi leur préparer une « trousse du voyageur » avant leur départ en fonction de leur destination.

Il y aussi le fameux sachet de Monuril pour la cystite simple non compliquée de la femme. On a tous dépanné une fois, notamment les samedis soirs ou les veilles de jours fériés, ne serait-il pas temps de poser un cadre légal à cette pratique ? On est, dans notre métier, à mon avis trop souvent partagé entre le respect du cadre légal strict très restrictif et l’usage, le réel tous les jours au comptoir. Cela ajoute du stress pour nous donc j’approuve les mesures qui vont dans ce sens : poser un cadre légal qui protégerait patients et pharmaciens pour des pratiques du quotidien.

Proposition n°5 : Ajuster une ordonnance

Il s’agit d’adapter ou de modifier si besoin la forme galénique du médicament, la fréquence ou le moment de prise par exemple mais aussi la dose ou la quantité pour coller aux recommandations notamment dans le cas des antibiotiques. C’est dans ce dernier cas précisément que je trouve que nous n’avons pas assez de poids et pas suffisamment de leviers d’action alors que notre formation nous permet de juger de la bonne conduite d’un traitement antibiotique. Toutes ces modifications seraient bien sûr réalisées en accord avec le médecin traitant et seulement après l’en avoir informé. Bien sûr, ces actions doivent être valorisées c’est à dire rémunérées ce qui n’est absolument pas le cas actuellement.

Proposition n°6 : Renouveler/Prolonger les ordonnances

Rien de plus à ajouter si ce n’est que la possibilité actuelle de renouveler un traitement chronique pour une boite seulement est insuffisante et ne couvre pas réellement les besoins actuels des patients et la pénurie de médecins dans certains secteurs.

Proposition n°7 : Demander et interpréter des tests de laboratoires

Aujourd’hui il est tout simplement illégal d’interpréter un test de laboratoire à la demande d’un patient. Pourtant il est très fréquent que des patients anxieux poussent la porte de l’officine pour nous demander notre avis avant de pouvoir consulter leur médecin. Combien de fois le donnons-nous en dépit des lois et réglementations existantes ? Il est temps de légaliser une pratique qui a régulièrement cours sans dommage pour les patients dans les officines françaises.
Quant à la demande de tests de laboratoires : sur combien d’ordonnances de médicaments « sensibles » le médecin a-t-il pensé à porter la créatininémie ou le DFG du patient à l’intention du pharmacien ? Comment pouvons-nous dans ces conditions délivrer le médicament en toute sécurité ? Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Proposition n°8 : autoriser la vaccination par le pharmacien et l’enseignement de l’administration des médicaments

Sur la vaccination, je n’ai toujours pas d’opinion tranchée, je n’en parlerai donc pas. En revanche, sur l’éducation thérapeutique, je suis complètement pour. Je trouve que la compétence des pharmaciens en ce domaine est largement sous-exploitée ! Nous pouvons tellement apporter dans ce domaine et nous le faisons déjà au quotidien sauf que ce n’est ni reconnu, ni valorisé. Tous les jours nous apprenons aux patients à gérer leur asthme ou leur diabète. Nous leur apprenons les bons gestes et les bons réflexes au quotidien.

Proposition n°9 : Réformer les études : moins de chimie et plus de soins pharmaceutiques

Sur ce point, j’avoue ne pas être totalement d’accord : je suis pour une réforme des études qui va vers notamment plus de pratique et plus de pharmacie clinique mais je suis contre la diminution du nombre d’heures d’apprentissage de la chimie fondamentale. Je pense que même si l’on ne s’en aperçoit pas tous les jours, ces heures d’enseignements nous ont beaucoup apporté et pas seulement d’un point de vue technique mais aussi dans la construction de certains schémas de réflexion. De plus, la conservation de tant d’heures de chimie au programme permet de garantir l’unicité du diplôme de pharmacien : ainsi la formation de base entre un officinal et un pharmacien « chimiste » de l’industrie est la même.

Proposition n°10 : Validation pharmaceutique obligatoire et signée par CPS sans délégation

Rien à ajouter, je suis complètement pour cette mesure qui viserait à garantir le contrôle et la validation effective par un pharmacien.

 

Voilà ce que je pense des 10 Propositions pour la Pharmacie d’Officine proposées par le Collectif des Pharmaciens. Vous l’aurez compris, je salue une telle initiative et j’ai signé le texte. J’espère que ce n’est que le début de l’action des pharmaciens pour sauver notre profession à bout de souffle. J’attends bien sûr vos avis et votre opinion sur ces propositions que vous soyez pour ou contre. On peut bien-sûr ne pas être d’accord avec tous les détails de leur mise en oeuvre mais si vous êtes comme moi d’accord avec l’immense majorité du discours  je vous invite à signer le texte. Pour ce faire, rapprochez-vous du Collectif des Pharmaciens sur Twitter (@collectif_pharm) ou par mail (collectifpharma@gmail.com). Car oui on peut toujours signer et porter le texte afin que, pourquoi pas, il trouve écho dans les plus hautes sphères décisionnelles.

Pour en savoir plus je vous conseille également la lecture d’un article du Plus de l’OBS en cliquant ici  : « Nous n’avons pas fait pharmacie pour être le meilleur vendeur du mois » par le Collectif des Pharmaciens.

A très bientôt pour un nouvel article et merci de votre passage ici !

 

 

 

 

4 réflexions sur “Les 10 propositions pour la pharmacie d’officine

  1. IL est certain que l’homéopathie ne représente pas un marché intéressant pour le pharmacien , vu le prix des granules et autres préparations . Personnellement cela fait plus de 30 ans que je vais chez un médecin-homéopathe et j’ ai pu constater les effets des ces médicaments , effets ou résultats qui sont variables suivant les affections , exactement comme avec les médicaments allopathiques ou la phytothérapie .
    Aucun médicament ni aucune thérapie ne fonctionne dans tous les cas , la chirurgie non plus , tout le monde le sait et les pharmaciens également . Donc faire le procès de l’homéopathie pour manque de preuves scientifiques c’est adopter la même démarche que les grands laboratoires pharmaceutiques qui font des séminaires auxquels ils invitent des médecins pour influencer leur pratique et surtout leurs prescriptions aux patients ! C’est à dire , pour être clairs , que c’est une démarche plus financière que médicale et ceci contribue certainement plus à  » ternir  » l’image de la profession que les raisons que vous invoquez dans la proposition N° 3 ci-dessus ….

    Voilà , chère pharmacienne , un avis différent du vôtre …

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  2. La pharmacie d’officine est UN MÉTIER DE MERDE. Mon objectif: qu’elle disparaisse et que ca emmerde le plus possible les patients. Ne plus prendre en charge les mutuelles et faire avancer les frais. MÉTIERS DE MERDE où il faut été un bourgeois pour être à son compte pour ne pas finir » larbin » en pharmacie et pouvoir louer au max 25 m2 dans Paris après 8 ans d’études…. MEDITEZ

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  3. D’accord sur tout, sauf pour l’homéopathie!! En effet, étant diplômée depuis un peu plus longtemps que toi (j’ai 54 ans), et ayant au départ eu les mêmes réticences, notamment au sujet des preuves scientifiques – esprit cartésien oblige – force m’a été de constater, au fil de mes 30 années de pratique officinale, que l’homéopathie avait toute sa place dans notre arsenal thérapeutique, aussi bien au rayon « bobologie », contre piqûres d’insectes et autres plaies et bosses, qu’au rayon « soins de support en oncologie », contre notamment nausées, douleurs musculaires et articulaires, etc, etc…Je reste très attachée à une formation très solide en chimie pour nos futurs confrères, mais je défends également la place des médecines dites « douces » dans notre exercice quotidien, et ceci pour le bien-être de nos patients et dans leur intérêt…aussi bien en termes de finances qu’en termes de santé globale!
    Longue vie à ton blog, et bonne journée à toi.
    Hemy

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