La reconversion professionnelle des pharmaciens d’officine (2)

Beaucoup de temps s’est écoulé depuis mon dernier article sur la reconversion professionnelle des pharmaciens. Je n’ai eu de cesse de me poser toutes sortes de questions pendant ce temps-là. J’ai lu vos commentaires, vos mails, fouillé la toile,… Puis j’ai décidé  d’arrêter de chercher et de simplement tenter ma chance, de postuler sans réfléchir. Un peu comme une bouteille à la mer en fait sans en attendre grand-chose car comme je vous le disais je n’ai rien d’autre que mon diplôme de pharmacien, filière officine sans master, DU, école de commerce ou que sais-je. Mais j’ai eu des réponses. Alors mon premier conseil va être celui-là : LANCEZ-VOUS ! Et oui je crie parce qu’on a besoin d’être secoué. On croit être figés, bloqués dans nos carrières officinales. On est  persuadés que personne ne voudra de nous, en particulier l’industrie ou la répartition, parce que nous n’avons pas assez  de diplômes complémentaires voire de compétences. C’est faux. J’ai appris que la compétence des officinaux est en fait recherchée, nous savons faire plein de choses auxquelles nous ne pensons pas. Mais il est temps de nous valoriser si on veut pouvoir changer de voie. Contre toute attente j’ai eu des réponses et des rendez-vous s’en sont suivis.  J’ai énormément appris de mes erreurs au cours de ces entretiens.  Essentiellement parce que je suis complètement novice dans ce domaine : j’ai fait très peu de CV et d’entretiens d’embauche. C’est peut-être votre cas aussi c’est pourquoi je voudrais partager avec vous les modestes conseils que j’ai pu en retirer. Tous ces conseils sont issus de remarques ou de reproches qui m’ont été faits par les différents interlocuteurs que j’ai pu rencontrer. Trêve de bavardages, allons-y !

Le CV

Règle n°1 : il doit être très clair. Eviter le fouillis d’informations en ne mettant que les expériences significatives. L’information principale, à savoir, que vous êtes docteur en pharmacie, doit être mise en évidence. C’est l’information clé, celle que le recruteur recherche et qui va conditionner l’entretien car pour un poste de chargé de clientèle par exemple des non-pharmaciens peuvent postuler.

Règle n°2 : la photo doit vous mettre en valeur, vous devez paraître souriant tout en faisant une photo  » professionnelle « . Si vous n’avez pas de très bonne photo sous la main, il vaut mieux ne pas en mettre.

Règle n°3 : n’hésitez pas à fouiller le net ou à vous faire aider pour élaborer votre CV.  Les CV de pharmacien ne seraient en général pas très bien fait d’après mes interlocuteurs (j’ai trouvé ça plutôt normal car nous n’avons eu aucune formation en la matière).

Règle n°4 : apporter un CV à chaque étape du processus d’embauche, à chaque entretien même si vous vous dites qu’ils doivent déjà l’avoir. C’est une erreur.

L’entretien d’embauche

Règle n°1 : soyez avenant, enthousiaste et souriant.

Règle n°2 : allez-y confiant de vos compétence et de votre valeur ajoutée en tant qu’officinal. Préparez une liste de ce que vous avez fait dans votre officine qui pourrait être en lien, même indirect, avec cet emploi. Par exemple, si vous gériez des gammes de A à Z dans votre officine, dressez la liste des actions, événements, stratégie promotionnelle, etc…que vous avez mis en place.

Règle n°2 : soyez très précis dans vos réponses à toutes les questions posées. Un bon moyen de l’être est de donner systématiquement des exemples.

Exemple 1 : Le recruteur vous demande de citer une de vos qualités, vous répondez  » je suis travailleur(se)  » c’est bien mais le problème c’est que beaucoup de personnes répondront cela également. Donc donnez tout de suite un exemple même si on ne vous le demande pas. Vous pouvez dire que vous faites plus d’heures que celles prévues par votre contrat car vous voulez finir votre travail, etc …

Exemple 2 : « Qu’avez-vous appris de vos entretiens avec les commerciaux de la gamme X à l’officine ? « . Soyez très précis pour répondre ; vous aurez préalablement fait la liste des savoir-faire et des compétences acquises et c’est le moment  de l’utiliser.

Le recruteur attend cette précision, souvent ils n’ont que très peu de temps à nous accorder et veulent donc un maximum de renseignements en un minimum de temps. En gros, ils n’iront pas trop nous « tirer les vers du nez », c’est donc à nous de faire la démarche volontaire de donner des détails. J’ai remarqué que les réponses évasives les dérangent vraiment.

Règle n°3 : prenez toujours des notes, cela montre l’intérêt que vous portez à votre interlocuteur et cela pourra  vous être très utile en cas de recrutement en plusieurs étapes.

Règle n°4 : maîtrisez votre sujet. Renseigner vous un maximum sur internet sur l’entreprise pour laquelle vous postulez. Vous devez connaître leur offre dans sa globalité mais aussi ce qui la distingue de ses concurrents sur le marché,… En fait, je pense que plus vous en saurez mieux c’est.

Règle n°5 : Posez toujours des questions. En général c’est à la fin de l’entretien que le recruteur vous demandera si vous avez des questions.

 » Last but not least  » Règle n°6 : peut-être la plus importante de toutes, PREPAREZ chaque entretien. Il y a des questions assez banales auxquelles on peut s’attendre et donc que l’on peut préparer. Beaucoup, des règles précitées supposent une préparation préalable. De plus cela permet de se sentir plus en confiance.

La recherche d’emploi :

Un autre article suivra bientôt avec plus d’informations mais j’ai déjà un petit conseil à vous donner : utilisez le site du LEEM consacré à la recherche d’emploi en cliquant ici. Créez un profil et abonnez-vous aux offres d’emploi dans les domaines qui vous intéressent. Bien sûr, on peut aussi utiliser en parallèle les sites moins spécialisés comme Monster®, Indeed®, Apec … pour mettre toutes les chances de son côté. Enfin, dernier conseil : ne vous bridez pas ! Postulez à toutes les offres qui vous intéressent  même si vous pensez ne pas intéresser les recruteurs, vous pourriez avoir des surprises !

Merci encore de m’avoir lu, en espérant vous avoir (un petit peu) aidé. A très vite pour un nouvel article !

PS : l’article #1 se trouve ici.

Réformons les études de pharmacie

Un excellent article sur de possibles réformes du cursus de pharmacie et surtout des enseignements qui y sont proposés. Il a été écrit par Tom, le pharmacien français émigré au Québec dont je vous ai parlé dans le dernier article du blog. A lire absolument et n’hésitez pas à faire part de vos réactions en commentaires.

A quand de réelles réformes sur le rôle du pharmacien d’officine ?

Bonjour tout le monde !

Je suis ravie de vous retrouver pour un nouvel article ! Mais je voudrais d’abord vous remercier toutes et tous qui m’avez envoyé vos très nombreuses réactions via le formulaire de contact et les commentaires. J’avoue que je ne m’y attendais pas du tout mais vous ne pouvez pas imaginer quel plaisir ce fut pour moi de découvrir tous ces mails tous plus adorables les uns que les autres et de lire vos histoires tellement proches de la mienne. Pour la première fois, j’ai le sentiment que la communauté « pharmacie » – au sens noble du terme –  existe vraiment et je m’y sens à ma place. En fait, je regrette même de ne pas l’avoir fait plus tôt.

Ceci étant dit,  je voudrais vous parler aujourd’hui des réformes du rôle du pharmacien d’officine. Peut-être que comme moi, vous avez été nombreux à être déçus par la loi HPST qui devait élargir nos attributions. Dans les faits, malheureusement, l’impact n’a été que très minime. Non seulement nos attributions factuelles n’ont pas été élargies mais le rôle de l’officinal dans la stratégie de soins n’a guère été valorisé. Nous n’avons toujours pas, à mon sens la reconnaissance de notre rôle et de nos compétences dans le réseau de soins et l’interprofessionalité est au point mort. De ce constat naît ce sentiment de frustration immense de compétences et de nombreuses années d’études universitaires gâchées, sentiment  que nous sommes nombreux à partager. J’ai eu un très grand nombre de mail de consœurs et confrères qui partagent mon point de vue dans leur quête de reconversion. Même si j’ai apprécié de partager notre désarroi, avec un peu de recul, je prends conscience que la profession de pharmacien d’officine est de moins en moins attractive et surtout que nous sommes de moins en moins nombreux à nous y épanouir. Dans ma faculté d’origine, avant l’instauration de la PACES (Première Année Commune aux Etudes de Santé), les candidats aux études de pharmacie en première année étaient au moins moitié moins nombreux qu’à mon époque !  J’aime beaucoup dialoguer avec d’autres pharmaciens sur Twitter et là-bas sont nées des discussions très riches au sein de la #Team Pharma : chacun y partage son expérience notamment  @TomPharma, un jeune pharmacien français qui a émigré au Québec et croyez-moi il est frappant de voir les différences entre les attributions d’un pharmacien Outre-Atlantique et celles d’un pharmacien en France.

En effet, au Québec, le pharmacien peut initier ou ajuster, selon une ordonnance, la thérapie médicamenteuse en recourant, le cas échéant, aux analyses de laboratoire appropriées. En France, nous ne sommes même pas autorisés à donner ne serait-ce qu’un début d’interprétation de bilan biologique à nos patients. Alors certes il y a les entretiens pharmaceutiques récemment mis en place mais leur recours est pour le moment très limité car ciblant encore trop peu de pathologies et notre rôle tel que défini par loi au sein même de ces entretiens reste très limité. De plus, les titulaires d’officine demeurent libres de les mettre en place ou non donc ça ne se fait pas dans toutes les officines actuellement. Le 20 Juin 2015 est entrée en vigueur au Québec la Loi 41 qui définit les nouvelles activités des pharmaciens leur permettant en outre de substituer un médicament en cas de rupture d’approvisionnement, de prescrire des médicaments pour certaines pathologies  mineures déjà diagnostiquées par un médecin (la liste étant très clairement définie) et d’administrer un médicament.

Toutes ces différences laissent à penser que nous avons d’énormes progrès à faire en la matière mais qu’il est urgent pour toute la profession que les choses changent et ce rapidement. La balle est dans notre camp, je crois qu’il nous appartient de faire bouger les choses.

Comme d’habitude mais aujourd’hui plus que jamais, je vous demande de ne pas hésiter à partager et commenter l’article. Je vous invite tous à nous rejoindre sur  Twitter  @LPharmacienne que vous soyez pharmacien, préparateur ou que vous souhaitiez simplement supporter l’officine. Je vous remercie encore mille fois pour m’avoir lu.

Sources :

http://www.opq.org/fr-CA/grand-public/nouvelles-activites-des-pharmaciens/
www.immigrer-au-quebec.com/pharmacien.pdf
Sans oublier les précieuses informations de @TomPharma et toute la #TeamPharma  sur Twitter.